Il s'était levé parce qu'il ressentait un poids sur sa poitrine, ainsi qu'une curieuse sensation d'enfermement, les murs de la pièce se rapprochant inéluctablement de son être, prêts à l'enserrer s'il ne faisait pas quelque chose. Néanmoins, il lui avait fallu redoubler d'efforts pour esquisser un mouvement. Il était partagé entre son instinct de survie et ce sentiment peu enviable de démission. Finalement, il s'était glissé hors du lit, avait passé une chemise légère et un pull déformé, puisque personne n'était là pour le voir. Ça y est, il était déjà dehors. Il marchait au milieu de la nuit épaisse et gluante. Naturellement, il n'y avait rien dans les rues, pas un bruit, pas une ombre, pas un regard. Il s'ennuya vite. Il laissait son regard couler sur les formes urbaines. Le couloir du trottoir, limité par les façades des maisons d'un côté et les véhicules garés de l'autre, lui faisait à nouveau cet effet d'un enfermement désagréable. Il marcha sur la route. Il tourna à droite, parce qu'il avait vu un flot de lumière en bas de cette rue qui descendait. Il mit ses mains dans ses poches, et , légèrement vouté, continua son chemin jusqu'à cette coulée de clarté. En arrivant à son niveau, il pencha la tête dans la large ouverture (il s'agissait d'un garage dont la porte était grande ouverte), il vit un homme qui s'affairait sur un moteur de voiture. A sa gauche, un véhicule, capot ouvert, semblait agoniser, vidé de ses entrailles, gémissant avec les dernières forces du désespoir pour qu'on ait pitié de lui et qu'on l'achève. Autour de l'homme s'éparpillait une dizaine d'outils, mais ils étaient tous anonymes pour lui. L'homme était assis sur le moteur, à califourchon, les jambes écartés. Il pensa que c'était une position assez sexuelle. Ce serait intéressant d'analyser le rôle du véhicule dans les fantasmes de l'homme: le moteur qui ronronne, les pneus qui crissent, les vibrations du moteur, ce genre de choses. Ce spectacle ne le retint pas très longtemps: l'homme ne se retournait pas, ne se déplaçait même pas, ainsi il n'avait pu voir ou deviner ce que celui-ci faisait. Il poursuivit sa route. Arrivé en bas de la rue, il tourna à nouveau à droite pour retourner, en fin de compte, à sa maison. En marchant, son pied fit s'envoler un morceau de papier un peu froissé. Il retomba sur le sol en titubant un peu. Il se pencha, et pu déchiffrer une écriture fine, légèrement penchée. Il était écrit:
« N'oublie pas notre rendez-vous, je t'attendrai comme prévu. »
Il pensa qu'il était temps de rentrer.




