Derrière les décochements

Derrière les décochements
Il s'était levé parce qu'il ressentait un poids sur sa poitrine, ainsi qu'une curieuse sensation d'enfermement, les murs de la pièce se rapprochant inéluctablement de son être, prêts à l'enserrer s'il ne faisait pas quelque chose. Néanmoins, il lui avait fallu redoubler d'efforts pour esquisser un mouvement. Il était partagé entre son instinct de survie et ce sentiment peu enviable de démission. Finalement, il s'était glissé hors du lit, avait passé une chemise légère et un pull déformé, puisque personne n'était là pour le voir. Ça y est, il était déjà dehors. Il marchait au milieu de la nuit épaisse et gluante. Naturellement, il n'y avait rien dans les rues, pas un bruit, pas une ombre, pas un regard. Il s'ennuya vite. Il laissait son regard couler sur les formes urbaines. Le couloir du trottoir, limité par les façades des maisons d'un côté et les véhicules garés de l'autre, lui faisait à nouveau cet effet d'un enfermement désagréable. Il marcha sur la route. Il tourna à droite, parce qu'il avait vu un flot de lumière en bas de cette rue qui descendait. Il mit ses mains dans ses poches, et , légèrement vouté, continua son chemin jusqu'à cette coulée de clarté. En arrivant à son niveau, il pencha la tête dans la large ouverture (il s'agissait d'un garage dont la porte était grande ouverte), il vit un homme qui s'affairait sur un moteur de voiture. A sa gauche, un véhicule, capot ouvert, semblait agoniser, vidé de ses entrailles, gémissant avec les dernières forces du désespoir pour qu'on ait pitié de lui et qu'on l'achève. Autour de l'homme s'éparpillait une dizaine d'outils, mais ils étaient tous anonymes pour lui. L'homme était assis sur le moteur, à califourchon, les jambes écartés. Il pensa que c'était une position assez sexuelle. Ce serait intéressant d'analyser le rôle du véhicule dans les fantasmes de l'homme: le moteur qui ronronne, les pneus qui crissent, les vibrations du moteur, ce genre de choses. Ce spectacle ne le retint pas très longtemps: l'homme ne se retournait pas, ne se déplaçait même pas, ainsi il n'avait pu voir ou deviner ce que celui-ci faisait. Il poursuivit sa route. Arrivé en bas de la rue, il tourna à nouveau à droite pour retourner, en fin de compte, à sa maison. En marchant, son pied fit s'envoler un morceau de papier un peu froissé. Il retomba sur le sol en titubant un peu. Il se pencha, et pu déchiffrer une écriture fine, légèrement penchée. Il était écrit:
« N'oublie pas notre rendez-vous, je t'attendrai comme prévu. »
Il pensa qu'il était temps de rentrer.

# Posté le mercredi 12 mars 2008 05:54

Modifié le jeudi 15 mai 2008 14:43

Oui, bien sûr...

Oui, bien sûr...
Tu parles un peu trop je trouve...

Fais attention cela pourrait te jouer des tours, ce genre de choses que l'on voit loin, au fond d'une ruelle, avec la bouche d'égout fumante à son extrémité, baignant le tout dans un brouillard confidentiel. Et partout autour de moi j'entends dire "ces choses que l'on entend" et c'est assez désagréable. Alors je me retrouve isolé, les joues sur les mains, et lorsque je tourne la tête et balaie des yeux les alentours je ne vois rien d'autre que ta bouche qui s'agite.

Tu parles un peu trop je trouve...

Je ne voudrais pas te faire perdre ton temps, tu dois avoir mille choses à raconter, mais le débit de ton organe vocal m'inquiète vraiment. Je crois que je commence à te percer à jour: tu n'es qu'un haut-parleur greffé à un corps humain. N'as tu rien d'autre à faire? Ne crains-tu pas qu'un mot, qu'une phrase parasite s'immisce dans ce flot ininterrompu? A quand la sécheresse? A quand l'assèchement de la rivière? Ne t'es-tu jamais arrêté, pour entendre le silence, pour entendre ce que les autres avaient à dire?

Tu parles un peu trop je trouve...

Ah, je suis découvert! Tu as vu que j'avais vu que tu discutais, jacassais sans interruption! Voilà, je suis pris! Est-ce l'heure de la cigüe pour autant? Très bien, je n'opposerais pas de résistance, si cela peut me sauver de tes élucubrations incessantes et exaspérantes!

J'écris un peu trop je crois.
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# Posté le mardi 04 mars 2008 14:14

Modifié le jeudi 06 mars 2008 13:34

Les contours se sont brouillés, le trait s'est agité.

Une force brute qui vous écarte les mâchoires, plonge au fond de votre gorge et pénètre rudement vos poumons, sans considération aucune pour votre approbation. D'ailleurs, c'est par surprise que l'on vous a abordé, sans aucun préavis. On s'est contenté de faire frémir cette ligne continue et terrifiante, tellement désespérante. On l'a fait frémir, et puis les coups ont retenti comme des coups de feu, mais cette fois les armes crachaient la vie au lieu de la prendre. La douleur est fulgurante, comme celle de votre naissance, quand vos poumons sont passés de ballons recroquevillés à symbole de votre animation, si bien que vous ne savez pas vraiment comment accueillir cette nouveauté: don, malédiction? Vous avez l'impression (vous retrouvez par la même occasion cette capacité de ressentir ce que vous croyiez avoir définitivement oubliée) que vous pouvez incarner pleinement chaque muscles, chaque nerfs de votre corps, bien que celui-ci vous semble aussi rigide et cassant que du bois mort. Vos sens, auparavant plongés dans un brouillard si épais qu'il semblait réduire le monde à quelques centimètres, vous retrouvent, le voile se déchire, vous voilà au milieu de ce tourbillon furieux, dont l'intensité égale celle de la tornade qui s'active à l'intérieur de vous. Et puis, peu à peu, ce torrent d'informations semble rentrer dans son lit (et non point se tarir une nouvelle fois): vous l'avez canalisé, vous réservant tout ce potentiel pour la suite. Mais était-ce vraiment vos membres qui étaient inertes? Était-ce réellement vos yeux qui étaient clos? N'était-ce pas votre cerveau, votre conscience qui se préservait d'une rigueur aride par l'herméticité? Peu importe finalement, la première inspiration après un coma ne peut être que salvatrice.
Les contours se sont brouillés, le trait s'est agité.
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# Posté le dimanche 24 février 2008 19:03

Modifié le lundi 03 mars 2008 13:23

Elle rejette au loin le défi d'un haussement d'épaule.

Elle rejette au loin le défi d'un haussement d'épaule.
Gamins riants dans les blés
Notre couvre-chef est un soleil doré
Petites lucarnes blanchâtres découvertes
Nous menons l'autre à sa perte.

Rions, rions de ces écueils!
Ils ne briseront pas le navire
Sautons ces fossés du coin de l'½il
Avant que notre compte expire

Prenons l'océan entre nos mains
A tes côtés nous serons sereins
Contemplons l'horizon comme la première fois
Cherchons une mauvaise raison comme loi

Asseyons-nous sur les rives du fleuve
Celui que dans son pays on appelle Amour
Regarde cette eau bénie qui abreuve
Nos c½urs, laissant nos doigts gourds.

# Posté le vendredi 11 janvier 2008 05:32

Modifié le jeudi 21 février 2008 12:20

Ce qui en vaut la peine

Ce qui en vaut la peine
Moments noirs, moments de désespoir. Nu dans l'obscurité, appuyé contre un mur pour ne pas sombrer, je prends lentement conscience de mon laxisme, sans pour autant pouvoir le refréner. La solitude est si présente à mes côtés que je ne lui prête même plus attention, comme ces gestes que vous effectuez en rentrant chez vous, cérémonie individuelle inaltérable. C'est difficile à expliquer. Cette situation, cette tumeur émotionnelle, j'ai cherché à m'en débarrasser, bien sûr, juste avant de comprendre que j'avais besoin d'elle pour vivre, que je le veuille ou non. Alors, malgré mes tentatives, je sombre de plus en plus dans les ténèbres, j'agite tout de même les bras et les jambes d'une manière grotesque, comme si je nageais dans une mare de goudron.

Et puis il y a ces moments d'éclaircies, quand le pâle soleil perce la brume blanche d'un matin d'hiver. Une main sur votre épaule, un regard posé sur vous, quelques paroles. Les mots vaincront les maux. Un mélange doux et sucré de compassion et de générosité vous enivre. Vous pouvez enfin vous abandonnez sans que l'on vous abandonne. Une simple étreinte vous fait verser des larmes de joie. On ne vous dira pas que vous n'êtes pas perdu, on ne vous dira pas que vous n'êtes pas la proie des pires pensées, on se contentera de se perdre avec vous, au-delà du bien et du mal, au-delà du meilleur et du pire, au-delà de l'amour et de la haine. Ce sera tellement magnifique et incroyable, tellement fantastique et excentrique, cette suppression des forces physiques au profit des esprits, que dans des années, bien loin de ce moment, quand l'âge fera trembler vos jambes, agonisant dans votre lit, vous donnerez n'importe quoi pour avoir une chance, juste une chance de revivre ce moment qu'une présence, qu'une personnalité, qu'un être humain aura supporté avec vous, vous soulageant d'une peine pour la remplacer par une jouissance, celle de la vie.
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# Posté le lundi 07 janvier 2008 13:44

Modifié le mardi 08 janvier 2008 07:37